REPORTAGE: 'Le Supplément' numéros 2 à 4

Les jungles de l'Equateur

Partie I :

Quand j'ai cherché une ferme en Equateur pour y être volontaire pour quatre semaines au maximum, j'en ai trouvé six qui acceptaient des WWOOFeurs. Comme je souhaitais faire cette expérience exclusivement en langue espagnole, j'ai éliminé quatre de ces fermes. J'ai écrit à l'une des deux exploitations hispanophones, et j'ai reçu une réponse me demandant de payer 150 dollars par mois, en compensation de la nourriture qu'ils ne pourraient pas faire pousser. J'ai répondu merci, mais non merci. Payer pour travailler ressemble un peu trop à de l'écotourisme et cet échange d'argent peut avoir un effet refroidissant sur la relation entre le fermier et le volontaire.

J'ai écrit à la seconde ferme hispanophone, et j'ai reçu une réponse chaleureuse et accueillante. Ils me disaient que leurs portes étaient ouvertes, et que je pourrais les visiter quand je le voudrais. Finca Amiruca est située à 30 minutes d'une ville de la jungle équatorienne, Tena, et à la sortie d'une petite communauté de 80 personnes, Santa Barbara de Hollín.

J'ai passé plusieurs jours à Tena avant de commencer, afin de me préparer à près d'un mois de jungle. J'ai acheté un hamac, que je prévoyais d'utiliser pendant que je serais là-bas, avant de le donner aux propriétaires comme cadeau d'adieu. J'ai acheté trente bougies - la ferme n'a pas l'électricité. Et après avoir expérimenté les qualités étonnantes d'une bonne paire de bottes en caoutchouc dans la jungle, je m'en suis acheté une, ainsi que des piles supplémentaires pour ma lampe et mon appareil photo.

Bienvenue dans notre (grande) famille
Je suis arrivé à la ferme par une matinée pluvieuse. Les huit enfants venaient de se réveiller et étaient en train de prendre tranquillement leur petit-déjeuner. Ils m'ont immédiatement accueilli à table.

Je viens d'une petite famille. Nous sommes cinq : maman, papa, et mes deux frères. Il n'est donc pas surprenant que vivre dans la jungle avec une famille de deux adultes, sept enfants, et un neveu, sous un même toit, était pour moi une expérience nouvelle. Mais la famille ne s'arrêtait pas là. Les parents, Mercedes et Gabriel, sont apparentés à de nombreux résidants de Santo Domingo, et ceux avec lesquels ils ne sont pas apparentés sont, d'une manière ou d'une autre, liés à la famille.

Il y a trois familles que Mercedes a accepté d'aider. Son frère, Tío Miguel, est au chômage mais a juste assez de terrain pour nourrir (plus ou moins) sa famille de cinq personnes. Par ailleurs, Mercedes aide deux mères célibataires : l'une est veuve avec deux enfants, l'autre, abandonnée par son mari, a également deux enfants.

Cuisiner pour 18
Miguel et sa famille, ainsi que les deux femmes avec leurs enfants, s'arrêtaient souvent à la maison pour dîner, et quand ils le faisaient, ils passaient la nuit. Quand je suis arrivé la première fois et que j'étais en train d'apprendre les noms et les liens de parenté des uns et des autres je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait. Après une soirée à préparer du riz et une soupe claire aux légumes pour 18, j'ai demandé à Mercedes qui étaient tous ces gens. Elle m'a décrit leurs difficiles situations financières et m'a dit qu'elle les aidait à l'occasion avec de l'argent, mais surtout en leur donnant à dîner dès qu'ils s'arrêtaient ici. Elle nourrissait 11 autres personnes alors que sa propre famille possédait peu.

Dans mes premières années de jeunesse, dans ma ferme familiale, nous vivions sur le fil, à la limite de la pauvreté. Nous travaillions l'été à mettre en conserve des haricots, des tomates, des confitures et des gelées. Je n'oublierai jamais le regard de ma mère chaque année lorsqu'elle mettait son 80ème litre de tomates sur l'étagère et qu'elle disait, avec un sourire satisfait, « au moins on aura des tomates à manger cet hiver ». C'est dire que mes parents travaillaient comme des chiens pour s'assurer que nous n'aurions jamais faim.

Dès que nous marchions autour de la maison, ou vers une autre ferme où ma famille allait « glaner » de la nourriture, je me sentais vraiment comme un chasseur-cueilleur. Quand nous tombions sur un arbre avec des fruits, nous nous arrêtions pour ramasser les fruits à terre ou nous utilisions un long bâton de bambou pour en faire tomber.

Le manque, je l'ai rapidement appris, était une réalité à Finca Amiruca. Je ne parle pas d'enfants affamés avec des ventres gonflés, mais quand le dîner pour 18 était servi, j'ai pu entendre un enfant passer une assiette à un adulte en disant à l'enfant à côté de lui que c'était pour « un mayor » (un adulte). Et il a finalement eu une assiette avec une portion beaucoup plus petite. Les enfants étaient tout aussi conscients que les adultes qu'il y avait tout juste assez à manger pour tout le monde.

Dormir à 18 sous un toit
Le jour ne durait pas longtemps après le dîner. Quelques bougies répandaient une lumière chaude sur la longue table en bois, mais les gens partaient rapidement se coucher. Je savais toujours où j'allais me coucher, mais je ne savais jamais où les autres partaient dormir. Parfois ils montaient une tente sur le large parterre en bois en face des chambres, ou bien les gens dormaient sur des tapis fins tissés en feuilles. Mais qui dormait dans quelles chambres demeurait un mystère - certaines nuits j'ai pu compter qu'il y avait 2 corps pour 1 lit, et parfois 3 pour 1.

Fabricio et José dormaient presque tout le temps ensemble. Daydamae aimait dormir avec Jimmy. Mercedes dormait avec un enfant quand Gabriel était parti. Je ne sais pas où dormaient les aînés, mais vers la fin de mon séjour là-bas, deux d'entre eux sont partis pour un moment, et Ronal a pu avoir son propre lit. Quand d'autres volontaires sont arrivés, le partage des lits est devenu encore plus serré - ils n'envisageaient pas que les étrangers partagent. Les invités de la famille s'étendaient généralement par terre, alors que moi j'étais bien au chaud dans mon lit avec matelas, tout seul. Vers la fin de mon séjour je souhaitais que quelqu'un dorme avec moi dans ma chambre. J'ai résolu le problème en montant une couchette dans la chambre où je dormais, et en invitant deux des petits garçons à m'y rejoindre.

J'ai eu le sentiment net qu'Oncle Miguel et sa famille, et les deux femmes et leurs quatre enfants, ne venaient pas chez Mercedes juste pour le dîner. Bien sûr un bon repas est important quand tu n'as rien à manger chez toi. Mais il m'a semblé qu'être ensemble, sous un toit, entre amis, était tout aussi important. Ils voulaient juste ne pas être seuls. Apparemment, non seulement ils étaient habitués à être les uns sur les autres, mais en plus ils le recherchaient.

Je pense que Daydamae a répondu à mes interrogations durant l'une de mes dernières nuits à la ferme. Après avoir construit deux jeux de couchettes, on a quasiment pu doubler le nombre de lits dans la maison. Mais après le dîner, au moment où les bougies s'éteignaient, j'ai entendu Daydamae demander, d'une manière suppliante, avec qui elle allait dormir. Elle n'était pas en train de vérifier que tout le monde avait un lit, elle le demandait parce qu'elle voulait dormir avec quelqu'un. José était en train de dormir dans la couchette au-dessus de moi, et quand il a entendu les appels de Daydamae, il est redescendu et a disparu. Je me suis retrouvé à désirer une compagnie dans ma chambre de gringo solitaire.

Ecrit par : Josh Feyen


Partie II :

"Si vous voulez vraiment apprendre sur un pays, travaillez-y."
- Charles Kuralt

Les fruits du travail à Finca Amiruca
Gabriel, Mercedes, avec leurs sept enfants et un neveu, vivent sur un hectare (100x100 mètres) dans la jungle équatorienne secondaire. Cela leur fait assez de terre pour faire pousser des jeunes plants, et pour cultiver des arbres pour une production future de graines. Mais cela ne fait pas assez de terre pour faire pousser de la nourriture pour la famille, et ils ne tirent pas assez d'argent de la vente d'arbres pour acheter à manger. Gabriel a un second emploi. Il travaille dans un parc national situé à près de huit heures d'ici pendant 19 jours par mois. Alors pour compléter son régime, la famille a un terrain au-dessus d'une colline où elle fait pousser du maïs, des haricots, des arachides, du riz, des plantains et du yucca pour eux-mêmes, et occasionnellement assez pour en porter au marché.

Je n'ai pas su si l'autre ferme portait un nom, mais je l'appelais « arriba » ou « là-haut » quand j'y faisais référence. Ils savaient de quoi je parlais. A mon troisième jour avec la famille, Daydamae, Sunny, Ronal, Fabricio et moi sommes allés arriba. Nous avons pris le chemin de gravier qui monte de Santo Domingo, avant de virer sur un chemin herbeux qui est devenu boue à hauteur de chevilles, argile, gadoue, et ruisseau avec de la boue jusqu'aux genoux si tu glissais du tronc d'arbre !

En marchant, Ronal expliquait que toute leur nourriture et les arbres étaient cultivés biologiquement. Pour être honnête, tous les fermiers ici cultivent « biologiquement » parce qu'ils ne pourraient pas s'offrir de produits chimiques s'ils en voulaient. Mais Gabriel et sa famille ont un réel désir de rester sans produits chimiques, même s'ils pouvaient se permettre d'en utiliser.

Nos visites consistaient à récolter et à replanter les yuccas, les plantains et les petites bananes. A mon dernier passage arriba, nous avons dégagé le terrain pour planter du maïs. La jungle secondaire avait déjà été nettoyée une fois, nous fauchions donc seulement de la végétation épaisse, des vignes et des arbres aux troncs pas plus larges que des poignets. On a coupé avec des machettes pendant plusieurs heures. C'était un travail répétitif. Au début j'ai fauché rapidement, en suivant Mercedes qui était à ma droite, mais j'ai ralenti quand mon bras et mon poignet ont commencé à me faire mal. J'ai essayé de couper avec mon bras gauche - pas tout à fait aussi efficace. J'ai aussi eu faim rapidement, mais je connaissais les modèles alimentaires ici. Ils ne mangent pas beaucoup, mais à ma surprise, l'un des arbres que Mercedes avait abattu était une source de nourriture.

Elle a attaqué le tronc couvert d'épines à la machette et, en peu de temps, elle a découpé le cœur vivant de l'arbre, qu'on appelle le « cœur de palme ». J'avais déjà goûté du cœur de palme avant, en boîte de conserve, ce qui donnait un goût de métal plus que d'autre chose. Celui-ci était délicieux et nous nous sommes tous assis en rond pour manger d'abord le cœur intérieur délicat et, aussitôt disparu, mâcher fermement les parties extérieures plus dures.

Ca devait être ma journée pour manger de nouvelles choses. Plus tard Daydamae a apporté de la canne à sucre à notre partie de travail. On s'est assis et nous avons mâché la canne, en en pressant un jus sucré qui apportait non seulement des calories mais aussi du liquide à nos corps fatigués. Avec les arbres abattus, nous avons construit deux larges treilles à haricots. Mercedes voulait construire de nombreuses treilles pour semer pour l'année suivante et nourrir sa famille.

Nous sommes retournés à une petite hutte de chaume où Mercedes nous a cuisiné du cœur de palme avec de l'ahi (sauce chili) et des graines de cacao blanc. Après le déjeuner, un des fils du voisin a disparu avant de revenir avec un seau de gros vers blancs entortillés. Ils ressemblaient beaucoup aux larves de witchetty australiennes, et c'était le dessert. Mercedes en a mangé un cru, a ouvert plusieurs autres et a cuisiné le tout dans une marmite. Le garçon en a mis quelques-uns de côté et les a grillés avec ce qui restait du feu. J'en ai essayé un. Ca avait vraiment un goût de maïs à la crème. Je les ai préférés grillés plutôt que bouillis.

La communauté - et la propriété de la communauté
J'ai réalisé très vite que tout dans la ferme était propriété de la communauté. Dans la famille, il y a très peu de choses individuelles : les vêtements peut-être, et quelques objets personnels. Cela m'est apparu clairement dès le début, quand, un jour, j'ai parlé de « mi habitación », ma chambre. Daydamae m'a réprimandé, en disant « TA chambre ??? » J'ai été immédiatement embarrassé, bien sûr que ce n'était pas MA chambre. Il y a trois chambres à coucher dans cette maison de neuf personnes, comment pourrais-je considérer l'une d'entre elles comme la mienne ? Après cela quand j'avais à en parler, je disais « la habitación donde duermo », la chambre où je dors, c'était le mieux que je puisse proposer trouver.

Mais des choses comme le papier toilette, les bougies, les lampes de poche et la nourriture sont tous, bien sûr, communs. Un soir, Fabricio avait besoin d'une lampe de poche, il est entré dans la chambre où je dormais, et a pris la mienne - comment aurais-je pu me plaindre ? Il en avait besoin.

J'avais acheté du papier toilette, des flocons d'avoine et du café pour mon « usage personnel », et j'ai réalisé qu'il n'y a rien qui ressemble à de l'usage personnel ici. Comment pouvais je me faire un café ou des flocons d'avoine ou cacher du papier toilette quand d'autres autour de moi en avaient également besoin ?

La communauté s'étendait au-delà de la maison. Mon appareil photo fonctionne avec des piles rechargeables, et quand ma première paire s'est épuisée et que la seconde était déjà bien entamée, j'ai demandé à Ronal si on pouvait aller voir un voisin qui avait l'électricité pour les recharger. Un soir avant le dîner nous sommes allés chez un ami, Angel. Ronal a demandé à utiliser une prise, j'avais amené deux mandarines et je les ai données aux deux enfants d'Angel. On est resté assis pendant une heure et joué sur des flûtes de bambou qu'Angel avait fabriquées. Quand les lumières de mon chargeur sont passées au vert je l'ai rangé, Ronal et moi avons remercié Angel et nous sommes retournés à la maison.

Après notre visite à Angel, on a commencé à penser à dîner. Après m'être arrêté de faire une chose dos à la table de la cuisine, je me suis retourné et il y avait deux adultes et deux enfants assis en face de moi. Ils avaient un air vaguement familier, mais à la lumière des bougies ils étaient difficiles à reconnaître. J'ai finalement conclu que c'était Angel et sa famille, ils nous avaient apparemment suivis pour le dîner.

C'est l'un de ces mystères sur lesquels n'aurai jamais d'explication parce que je ne peux pas poser la question : est-ce que Ronal les avait invités quand on est parti ? (Je ne l'ai pas entendu et j'étais avec lui à la porte). Etait-ce une invitation tacite puisque nous étions passé chez eux ? Je n'en ai aucune idée.

Ronal a invité Angel et sa famille à passer la nuit, en expliquant qu'à l'heure où on finirait de dîner, il serait trop tard pour rentrer à pied à la maison. J'ai trouvé ça bizarre (pensée gringo), ils habitaient à moins de trois minutes à pied. Ils se sont endormis de bon cœur sur le parterre en bois en face des chambres à coucher.

Lundi 15 août, j'ai écrit ceci dans mon journal, « j'ai fini par prendre conscience de mes instincts d'épargnant, mes 20 bougies dans une maison qui n'en a aucune, utiliser le dernier bout de savon à lessive de quelqu'un alors que j'avais une savonnette, mon café, cela n'est pas compatible avec la vie dans une communauté où tout est partagé.

Si la famille manque de bougies, j'en manque. S'ils manquent de PQ, j'en manque. Mec, c'est dur à avaler. Est-ce que je ne peux pas garder quelques bougies en plus ? Non, si je les garde et que je les utilise alors que la famille n'en a aucune, alors quoi ? Je veux dire, pourquoi je les ai amenées ? La nuit dernière Daydamae était sur le point d'acheter une bougie à 25 cents (j'ai acheté un paquet de six à 75 cents à Quito). Je lui ai donné tout le paquet. »

Ecrit par : Josh Feyen


Partie III :

« Nous ne recevons pas la sagesse ; nous devons la découvrir par nous-mêmes en faisant un voyage que personne ne peut faire à notre place ni nous épargner.» - Marcel Proust

mashing corn

10 $ peuvent-ils nourrir 18 personnes pendant une semaine ?
En théorie, WWOOFer consiste simplement à être nourri et logé en échange de son travail, mais face à une famille aussi pauvre que celle-ci, j'aurais été négligent de ne pas acheter à manger. D'ailleurs dans son premier mél, Gabriel demande aux volontaires « d'amener de la nourriture à partager ». Au marché de Tena j'ai donné 5 $ à Mercedes « pour ma part ». Elle a suggéré que j'achète simplement de la nourriture à partager, mais je lui ai dit qu'elle savait mieux que moi ce dont la famille avait besoin. En plus de ce que je lui ai donné, j'ai acheté des fruits, du café, du papier toilette, du liquide vaisselle, des éponges grattantes, et la fibre de son de blé qui a maintenu mon estomac tranquille durant mon séjour. Je n'ai pas pu m'empêcher de me demander si je payais les mêmes prix que Mercedes lorsqu'elle achetait des produits ménagers. Nous sommes allés au marché plusieurs autres fois, et comme j'avais capté ce que la famille avait tendance à manger, j'ai simplement acheté des tas de produits de base comme du riz, de l'huile, des pâtes, du sucre, du sel, des patates, des oignons, qui ne poussaient pas à la ferme.

Quelques jours avant mon départ je suis allé en ville et j'ai dépensé 20 $ de fournitures scolaires pour les gamins. Un autre volontaire qui partait ce jour-là m'a donné 10 $ pour des brosses à dent et du dentifrice. Dans le bus du retour, j'ai emballé les fournitures dans des trousses et je les ai cachées dans un sac sous mon lit.

Distribuer les cadeaux à la lumière des bougies
La soirée était faite pour l'occasion. Ni Tío Miguel et sa famille, ni les deux femmes célibataires ou leurs enfants n'étaient apparus. Nous avions un dîner que je crois typique des soirs où les volontaires ne cuisinent pas, un bouillon clair, chaud, fait de farine grillée et d'un peu de flocons d'avoine. Mercedes, Daydamae, Sunny, José, Fabricio et moi étions assis autour d'une bougie unique et nous parlions. Jimmy était déjà parti au lit. Le pauvre homme était parti se coucher tôt sans dîner, de son propre gré. Il aime vraiment dormir dans la couchette supérieure du second lit. Mais il a peur de se lever la nuit et de redescendre dans le noir pour aller pisser, alors il saute le dîner et va directement au lit. Henry était également avec nous, mais je lui avais déjà donné de nouvelles mèches pour ses graines et je ne pensais pas avoir à attendre qu'il ne soit pas là.

Mercedes a commencé à parler de l'école, à expliquer qu'elle n'avait pas d'argent pour les cours. Je me suis excusé et j'ai ramené le sac là où nous étions en train de dîner. Je leur ai dit que j'avais des cadeaux à partager, et j'ai distribué les trousses pleines de stylo et de crayons, de peignes, de taille-crayons et de gommes, d'outils de géométrie, de carnets et les brosses à dent de Maisie. J'ai donné trois grands tubes de dentifrice à Mercedes. Ils étaient ravis (Fabricio a trimbalé son cadeau toute la journée suivante) et j'étais heureux de leur laisser quelque chose de matériel que personne n'avait demandé mais qui était certainement nécessaire. Nous sommes allés nous coucher, le lendemain était ma dernière journée complète à la ferme.

Henry, Mercedes, Gabriel and Ronal

Déjeuner indigène d'adieux
Le déjeuner du samedi s'est passé de manière imprévue, mais il était particulièrement spécial. C'était un repas d'adieux, si l'on veut, mais c'est la nourriture qui l'a rendu particulièrement spécial. Mis à part le riz, l'huile, le sel, le sucre et les oignons, tout venait de la ferme ou des environs. Nous avions de la soupe de plantain avec du tatou fumé que Henry avait ramené de son excursion dans la jungle. Mercedes avait cueilli des haricots et les avait fait bouillir avec de l'oignon et du cœur de palme. J'avais fait de l'ahi avec les piments que les gosses avaient cueillis (et que Gabriel avait conservés) quelques semaines plus tôt. Mercedes avait cuisiné plusieurs œufs de ses poules à la façon de ses ancêtres, sans huile (dans une double bouilloire si l'on peut dire). Daydamae avait abattu un palmier et recueilli un seau de larves dont Mercedes avait fait une soupe. Sunny avait fait du riz à l'équatorienne, dont je ne connais toujours pas la recette (il fallait beaucoup d'huile !).

Après notre gros repas, inhabituellement copieux même par rapport aux normes établies par Benjamin, les gens se sont reposés. Mercedes m'a écrit un mot dans un livre écrit en quechua qu'elle m'avait aidé à traduire, et j'ai écrit dans le livre d'or des volontaires, où j'ai collé une photo de mon père et de mes frères lors d'un de nos week-ends à planter des arbres. Henry m'a fait un collier de coquillages et me l'a donné, en me disant que c'était de la part de Mercedes.

Mercedes voulait lire à haute voix ce qu'elle m'avait écrit dans le livre. Entre deux gros sanglots, elle a lu ceci - que j'ai traduit de l'espagnol :
« Pour Joshua, je te souhaite bonne chance dans tes voyages à travers le monde. Merci pour avoir visité ma ferme et pour m'avoir offert ces 30 jours avec mes enfants, à nous accompagner et à partager nos repas. Merci de nous avoir aidé moi et ma grande famille. Si tu reviens en Equateur, sache que tu as ta maison ici avec nous. Ton amie, Mercedes Mamallacta. »

Tôt samedi matin, je me suis réveillé avec l'alarme de ma montre, car le coq n'était plus digne de confiance. Il pleuvait. J'aurais voulu rester dans mon lit et écouter les gouttes tomber sur le toit en zinc un peu plus longtemps. Mais je voulais prendre le bus de 6 heures, inutile de prolonger les adieux. Mercedes s'était levée à moins le quart, et pressait les enfants d'aller dire au revoir. Je suis allé dans les chambres et j'ai serré chaque enfant dans mes bras ou je leur ai serré la main. Je préfère les adieux rapides, sans larmes. J'ai descendu le chemin boueux en regrettant de ne pas porter mes bottes en caoutchouc, et je suis allé jusqu'à Santo Domingo pour prendre mon bus pour Tena, où j'avais un dernier bus longue distance pour Quito.

Joshua

J'ai écrit ces pensées à la lumière d'une bougie la nuit précédant mon départ :

Ecrit par : Josh Feyen

Vous trouverez plus d'images de Josh en Equateur dans notre Galérie.